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LA CULTURE DES ENDIVES
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La
France est le premier producteur mondial d’endives, les
régions Nord - Pas-de-Calais et Picardie assurant à
elles seules 80 % de la production
nationale.
Il s’agit donc bien
d’une spécialité régionale.
Le nom de ce légume varie selon les régions : la
majorité des français l’appellent endive, les habitants du
Nord de la France et les Belges francophones disent chicon, les
Flamands witloof.
Les encyclopédies définissent l’endive comme
un bourgeon hypertrophié et compact de la chicorée, obtenu par
forçage à l’obscurité.
La suite va vous dévoiler le sens de ces termes un
peu barbares et vous éclairer sur la culture, très technique, de ce
légume.
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Un peu d’histoire La petite histoire veut que l’endive telle que nous la connaissons aujourd’hui a été découverte par hasard au début du 19ème siècle par un agriculteur de Schaerbeek (région de Bruxelles), Jan Lammers qui, ayant laissé pendant plusieurs semaines dans sa cave des racines de chicorée recouvertes de terre, a découvert que des feuilles blanches et compactes, parfaitement comestibles, avaient poussé. |
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L’endive, ou plutôt le chicon était né
Bréziers, jardinier chef de la Société d’Horticulture Belge,
mis au courant de cette découverte, a étudié ce phénomène au Jardin
Botanique de Bruxelles et, en 1846, a défini les bases du forçage
des endives.
L’endive est restée longtemps une spécialité
belge (on disait endive ou chicon de Bruxelles), le secret du
forçage étant particulièrement bien gardé.
La légende
prétend que le terme endive utilisé en France a été inventé à la
fin du 19ème siècle par un vendeur parisien de chicons de Bruxelles
qui ne se rappelait plus le nom du légume présenté sur son étal
!
Il a fallu
attendre 1920 pour que les agriculteurs français du Nord de la
France se lancent dans cette culture.
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Les deux étapes de la culture de l’endive La
première étape est simplement la pousse en pleins champs de la
chicorée.
Le semis se fait au mois de mai et
l’arrachage au mois de novembre.
Intervient alors l’étape du forçage mise au
point par Bréziers : cette opération consiste à repiquer les
racines de chicorée (aussi appelées carottes) dont on a coupé les
feuilles vertes à 4 ou 5 centimètres du collet, et de faire pousser
l’endive dans l’obscurité pour obtenir des feuilles
blanches, en ayant pris soin de serrer au maximum les racines les
unes contre les autres pour avoir un légume le plus compact
possible et lui donner sa forme
caractéristique.
Depuis plus d’un siècle et demi
d’existence, la culture de l’endive a beaucoup
évolué.
La culture en pleins champs de la chicorée
s’est évidemment mécanisée, bras humains et chevaux ayant été
remplacés par des machines et des tracteurs, mais le principe reste
immuable. L’étape du forçage a par contre subi des évolutions
considérables : d’une production artisanale pendant les mois
d’hiver on est passé à une production industrielle pendant
pratiquement toute l’année.
On peut selon les époques distinguer trois méthodes
de forçage, qui sont résumées dans ce qui
suit
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Le forçage artisanal en cave
C’est de cette façon qu’a commencé le forçage des endives selon la méthode mise au point par Bréziers. Où trouver dans une maison un endroit totalement
obscur : la cave, évidemment !
On se replace dans les conditions que Jan
Lammers avait trouvées fortuitement.
Dans un bac en bois (aujourd’hui en
matière plastique) rempli de terre on repique le maximum de racines
de chicorée et on recouvre d’une couche de terre (on peut
remplacer la terre par du sable).
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En prenant soin d’arroser souvent, et en
maintenant le bac dans l’obscurité absolue, vos endives vont
pousser doucement.
Très doucement même, car la température d’une
cave est toujours basse, et plus la température est basse, plus la
croissance est longue. Certains recouvrent le bac de paille, pour
maintenir la température des racines légèrement plus élevée que
celle de la cave afin d’accélérer la
croissance.
Enfin, ultime précaution, vous pouvez recouvrir le
bac de papier journal ou d’un film perforé en matière
plastique noire, pour éviter l’entrée de toute lumière
parasite.
Les endives forcées selon cette méthode ont toujours
ses inconditionnels qui prétendent que leur goût est
incomparable.
Seul inconvénient majeur : il faut plusieurs
semaines, voire plusieurs mois pour que votre légume préféré
atteigne une taille correcte !
De plus, les caves des maisons du Nord ne sont en
général pas suffisamment grandes pour espérer produire plus
d’une centaine de kilos d’endives par
saison.
Il a bien fallu trouver autre chose pour commencer
une production intensive.
Ce fut d’abord le forçage en
couche.
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Le forçage en couches
Si les caves sont trop petites, on ira tout simplement repiquer les endives à l’extérieur, où la place ne manque pas ; c’est ce qu’on appelle les couches, ou silos. Deux problèmes restent à résoudre : la lumière et la température. Pour la lumière, pas de problème : on recouvre tout simplement les endives par des tôles ondulées cintrées et le tour est joué. Le problème de la température est plus délicat à résoudre. |
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Sachant que dans une cave à 12 ou 15°C votre endive met plusieurs semaines à se développer, il devient impensable de la faire pousser par des températures hivernales où la végétation est bloquée. Seule solution : chauffer la terre et isoler thermiquement le mieux possible la couche pour maintenir les racines à une température voisine de 20°C. Le chauffage s’obtenait par une circulation d’eau chaude dans des tuyaux enterrés. Dans notre région, les producteurs étaient équipés de chaudières à charbon de forme curieuse, implantées à côté de la couche et produisant de l’eau chaude qui circulait dans les tuyaux par thermosiphon. |
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En cas de grands froids, il fallait faire le plein de
combustible toutes les trois heures, jour et nuit ! Malheur aux
riverains des producteurs : ils passaient les mois d’hiver
dans les odeurs de fumée des poêles à charbon !
Enfin, l’isolation thermique était tout
simplement réalisée par une épaisse couche de paille, soit coincée
entre les endives et la tôle ondulée, soit placée au-dessus de la
tôle. Grâce à ce procédé, une couche permet la production de
plusieurs centaines de kilos d’endives après 21 jours de
forçage. La production de masse peut commencer !
Cette méthode était la seule utilisée depuis
l’introduction de la culture de l’endive en France
jusqu’au début des années 60. Certains producteurs de notre
région restent fidèles au forçage en couches, arguant du fait que
leur produit est meilleur et moins amer qu’avec le procédé
contemporain de forçage.
Notons que les tenants du forçage en couches
utilisent de moins en moins la chaudière à charbon, remplacée par
un chauffage électrique avec des résistances enterrées ; ils
n’ont pas à se réveiller la nuit pour remplir le poêle de
combustible et ils n’enfument plus les voisins
!
L’isolation thermique est également améliorée
en recouvrant les tôles de films en matière
plastique.
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Le stockage réfrigéré des racines de
chicorée
Mais au fait, pourquoi l’endive ne se trouvait jadis qu’en période hivernale ? Pour une raison évidente : on arrache
les racines de chicorée au début de la saison
froide.
Tant que les températures sont basses,
la végétation est bloquée : on peut conserver facilement ces
racines et étaler la production d’endives par forçage sur les
mois d’hiver.
Par contre, dès le retour du printemps,
les racines encore stockées vont se mettre à germer naturellement,
produisant des feuilles vertes immangeables
!
Les racines non utilisées au
printemps étaient perdues. Dans les années 60 sont apparus les
premiers stockages réfrigérés pour pouvoir conserver les racines à
une température voisine de 5°C quelle que soit la température
extérieure.
Grâce à cette technique, le repiquage
des racines en vue du forçage devenait théoriquement possible
pendant toute l’année.
C’est également dans cette
décennie que la technique du forçage s’est profondément
modifiée avec l’apparition du forçage
hydroponique.
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Le forçage hydroponique
Dans une culture hydroponique (ou hors-sol), les végétaux ne sont pas mis en terre, mais plongés dans une solution nutritive liquide qui apporte les aliments (appelés dans ce cas nutriments). Les racines de chicorée sont placées dans des bacs en métal ou en matière plastique dans lesquels circule une solution nutritive maintenue à 20°C Là encore la durée de forçage est de 21 jours. |
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Ces bacs sont installés dans des bâtiments isothermes ne laissant pas entrer la lumière. On imagine la simplification énorme par rapport à la culture en terre : pas de terrain à labourer, de couches à préparer et à chauffer, manutention simplifiée, conditions optimales d’hygiène, etc. C’est grâce aux stockages réfrigérés et au forçage hors sol que l’on peut trouver désormais d’excellentes endives pratiquement toute l’année à un prix abordable. |
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Du forçage à votre
assiette
L’endive étant arrivée à maturité, quel que soit son mode de forçage, elle est toujours séparée manuellement de la racine (opération appelée le cassage de l’endive), nettoyée et conditionnée. Elle se retrouvera
finalement dans votre cuisine où vous savez qu’elle doit être
conservée au frais et à l’abri de la lumière pour ne pas
verdir, ceci pendant une petite semaine au
maximum.
Les plus anciens
d’entre nous avons le souvenir d’avoir mangé, dans
notre jeunesse, des endives terriblement
amères.
Les
généticiens ont travaillé sur le sujet et les produits proposés
aujourd’hui n’ont plus cette particularité. Cependant,
si vous avez des craintes, sachez que l’amertume est
concentrée dans la base du tronc de l’endive : il suffit
d’enlever avec la pointe d’un couteau un cône de 2 à 3
centimètres à la base du tronc pour régler le
problème.
Sachez enfin
qu’un lavage prolongé à l’eau de l’endive crue
développe son amertume mais qu’une cuisson avec un peu de
sucre la diminue.
Il ne vous reste
plus qu’à consulter la page sur les recettes de cuisine
pour voir comment préparer les endives de façon originale
!
Avez vous envie de déguster ce
magnifique légume du Nord?
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